Interview sur la réforme de la formation

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Interview croisée : la réforme vue par des responsables formation

Découvrez l’interview croisée de trois Responsables Formation. Ils participent respectivement aux brunchs formation d’ELEGIA, nous les avons interrogés sur l’impact de la réforme dans leurs entreprises.

  • Juan De Brito occupe  le poste de Responsable Formation au sein de l’agence de communication Gutenberg.
  • Martine Fontaine est, quant à elle, directrice formation chez La Courtepaille.
  • Susanne Ohn, directrice de la formation chez Ipsos.

Selon vous, est-ce une bonne idée de réformer la formation professionnelle ?

Juan De Brito : Personnellement, non car je vais devoir tout miser sur mon plan de formation. Chez nous, on est dans une culture de développement des compétences. Je ne vais donc pas devoir batailler auprès des dirigeants pour avoir un budget plan de formation. Mais je doute qu’ils me doublent le budget en leur présentant le fait que je n’ai plus de période de professionnalisation. Pour vous donner un ordre d’idées, j’avais un budget de  100 000 euros de période de pro.

La deuxième incompréhension est que la réforme va supprimer des enveloppes de financement (CIF, période de professionnalisation), sur lesquelles je comptais pour financer des projets de formation. Je vais donc être contraint désormais de répéter sans cesse à mes collaborateurs d’utiliser le CPF, car je n’aurai que mon plan formation comme financement possible.

Susanne Ohn : Oui et non. C’est une bonne idée si cette réforme permet de rendre plus accessible les dispositifs à ceux à qui ils sont destinés. Non car la dernière réforme n’est quand même pas si lointaine et elle n’est toujours ni assimilée ni appliquée. Nous nous rendons compte régulièrement qu’un grand nombre de salariés n’a pas encore compris l’intérêt de tel ou tel dispositif et comment l’actionner.

La réforme peut-elle impacter positivement la formation des salariés de votre entreprise ?

Martine Fontaine : Non car nous faisons beaucoup de co-investissement. Désormais les collaborateurs n’ont plus que 500 euros pour se former par an. Nous attendons les décrets pour la « Pro A » qui remplacera la période de pro, mais nous ne pourrons pas former autant de collaborateurs avec la nouvelle période de pro.

La réforme ne vous a-t-elle pas impactée pour la construction de votre plan de formation ?

J. De B. : Je ne me suis pas encore penché dessus. Je vais reprendre le catalogue de formations déjà constitué, dans lequel j’ai recensé un grand nombre de formations et d’organismes. Les années précédentes, beaucoup de formations étaient réalisées en CPF. Nous sommes dans le secteur de la publicité et mes salariés utilisent régulièrement des logiciels comme Photoshop, Illustrator… Toutes ces formations étaient certifiantes et passaient par le CPF donc cela ne changera pas grand-chose pour eux. Par contre, de mon côté, je vais devoir appeler le prestataire pour négocier un prix. Mon OPCA proposait 35 € de l’heure et l’on passe désormais à 14 €, je vais être fortement impacté. La grosse révolution que je vais avoir dans mon entreprise est la gymnastique financière.

M.F. : Nous allons probablement changer notre fusil d’épaule et réfléchir à une autre stratégie ainsi que continuer notre co-investissement. A terme, nous serons dans l’obligation de former moins de collaborateurs.

S.O. : Il n’est pas encore finalisé mais nous allons forcément être impactés. En effet, nous cofinancions jusqu’à présent avec le CPF un certain nombre de formations, je pense aux langues et à la bureautique. Avec sa monétisation, je suis quasiment certaine que les salariés ne voudront plus qu’on touche à ce qui sera perçu comme leur « cagnotte » CPF. Le budget affecté en direct à la formation sera moindre et, soit il y aura moins de personnes formées, soit l’offre que nous leur proposerons sera moindre. Nous serons bien plus sélectifs sur qui pourra bénéficier de formations externes, payantes.

Pensez-vous que le remplacement des OPCA par des opérateurs de compétences va simplifier votre gestion de la formation ?

J. De B. : Pas du tout ! Après, je ne suis pas très objectif car j’ai moi-même travaillé dans un OPCA auparavant, qui est mon OPCA actuel (l’AFDAS). Par ailleurs, je trouve révoltant que la réforme leur retire la partie financière et le suivi des dossiers. Ils s’y connaissaient parfaitement, ils avaient des années d’expérience…

La création de l’agence « France Compétences » pourra-t-elle améliorer la qualité des formations proposées ?

J. De B. : La création de cette agence est aujourd’hui floue. Lors du Brunch Formation ELEGIA, j’ai pu apprendre la fusion de plusieurs entités et la disparition d’autres. Ils peuvent être efficaces s’ils recrutent des personnes compétentes sur le sujet venant par exemple d’OPCA ou du Fongecif.

S.O. : J’attends de voir clairement comment ils vont se positionner et le type de services qu’ils vont nous proposer.

La nouveauté de cette réforme est également l’application qui permettra à chaque salarié de consulter et s’inscrire aux formations qu’il souhaite. Bonne ou mauvaise idée ?

M. F. : Ce n’est pas un très bon choix. Cette application va pousser des gens à choisir des formations qui ne sont pas en adéquation avec ce qu’ils aimeraient faire. Dans le secteur de la restauration, nous avons très peu de cadres. Ils n’ont aucune notion de ce qui est employable ou non. Une fois qu’ils auront l’application sur leur téléphone, nous allons perdre notre rôle de conseiller.

S.O. : Les deux à la fois. C’est une bonne idée si elle permet aux salariés de prendre conscience de la valeur des formations tout en se posant la question du sur ou hors temps de travail. Cependant, si l’application est construite comme une sorte de « Tripadvisor de la formation » : sur quels critères vont-ils choisir les formations ?

Compte tenu du montant annuel du CPF pour les salariés diplômés, 500 € seulement par an, ne seront-ils pas les grands oubliés et donc les grands déçus de cette réforme ?

Vous pensez organiser des sessions d’information à vos salariés sur la réforme professionnelle ?

J. De B. : Oui, je commence à y penser. Je suis dans ma société depuis 2 ans. Je sais que les personnes qui étaient précédemment sur mon poste avaient fait une vaste campagne de communication pour le CPF. L’équipe s’était déplacée sur plusieurs de nos sites avec notre conseiller OPCA. La campagne avait eu un vif succès. J’attends que les décrets arrivent pour y réfléchir plus en détails.

S.O : Oui, et même plusieurs ! Je vais en organiser dans chaque entité car nous sommes près de 800 dans l’entreprise. C’est parfois plus simple de passer dans chaque ligne de service, démultiplier l’information et répondre en direct aux questions des collaborateurs. Le service Formation va avoir un véritable travail d’accompagnement, de vulgarisation et de pédagogie à faire.

Qu’attendez-vous précisément de cette réforme de la formation ?

J. De B. : J’espère que les nouvelles entités qui vont être créées (France compétences, Opérateurs de compétences…) auront une vraie valeur ajoutée. J’attends une vraie montée en compétence sur la GPEC et surtout une réelle expertise dans les services qui seront proposés.

M. F. : J’attends les décrets et une fluidité de sa mise en place. Je souhaiterais que l’on mette enfin l’emploi et la formation en adéquation en France. Nous formons des tas de personnes à des emplois qui ne recrutent pas.

Comment voyez-vous la formation d’ici quelques années ?

J. De B. : La partie financière va disparaître. Il ne nous restera plus qu’une ou deux enveloppes à choisir pour financer nos formations car jusqu’à maintenant, nous pouvions réaliser des co-financements, réfléchir à des choix stratégiques. C’est une partie de mon poste que je trouvais intéressante. Je vois évoluer mon poste vers de l’ingénierie de formation : concevoir le module de formation dans son intégralité. La partie ingénierie va prendre le dessus sur la partie financière.

M. F : La formation va devenir individualiste. Les formations métiers que nous organisons vont être prises sur les fonds de l’entreprise. Il y aura de moins en moins de formations gérées par l’entreprise et de fonds dédiés à la formation.

S.O. : J’aimerais que la formation soit plus tournée vers le conseil en aidant les salariés à s’épanouir et à se former aussi bien pour eux que dans l’intérêt de l’entreprise. Aujourd’hui, les services formation sont en grande partie des gestionnaires de coûts avec des budgets qu’il faut défendre chaque année. J’espère que la formation sera vue dans l’avenir comme un investissement réellement profitable. J’œuvre en tous cas dans ce sens.

Je suis en effet persuadée que des salariés bien formés sont plus heureux et confortables dans leur travail et donc plus performants. Tout le monde est gagnant !

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