Dans un ouvrage intitulé « Le maniement des hommes » aux éditions La découverte, le chercheur Thibault le Texier étudie l’histoire du management et montre comment l’approche managériale s’est immiscée dans toutes les sphères de la vie et avec elle, la valeur de l’efficacité.

Naissance du management dans la sphère domestique

Etonnamment, le management ne naît pas dans l’entreprise mais dans la sphère domestique. En effet, cette notion apparaît au XVIIIème et est associée aux soins aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes âgées. Il s’agit de prendre soin de personnes dépendantes. Le management est lié aux relations personnelles et tourné vers les chiffres : on faisait des mesures pour bien arranger sa cuisine, des graphes pour les stades de croissance...

 

Passage de la sphère domestique à l’entreprise

Le basculement vers l’entreprise se produit aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle avec Frederick Taylor, un ingénieur, fondateur de l’organisation scientifique du travail et du management scientifique. Alors que jusque-là, le travail était considéré comme une fin en soi plus que comme une réalisation de gains, il devient progressivement un vecteur d’efficacité. Deux éléments concourent à cela : l’évolution de la technique et des machines n’amène plus de gain important de productivité, par ailleurs les ouvriers ne restent pas dans les entreprises, il est difficile de les faire travailler.

Le groupe d’ingénieurs entourant F. Taylor s’inspirent alors du premier sens du management en ce qu’il était tourné vers la mesure et les chiffres tout en le coupant radicalement des aspects personnels et de soin.

Le management va ainsi se développer sur des bases de mesure et de contrôle. Tout d’abord, on rationnalise les espaces de travail de façon contraignante pour que les ouvriers travaillent comme on l’attend d’eux. A cela s’ajoute le découpage des savoir-faire qui deviennent le monopole du manager. L’écrit prend un rôle central : tout est consigné (formulaires, cahiers). Enfin la notion d’objectifs est établie.

Ces premières définitions ont laissé une empreinte tenace dans le management : aujourd’hui, les process, les modes opératoires, etc, en sont directement issus.

Prédominance du principe d’efficacité et place de l’entreprise dans la société

Le développement du management accompagne la domination de l’efficacité sur les autres valeurs. Là où le fait d’être « industrieux », « dur à la tâche » était valorisé, c’est l’efficacité qui prend le pas. Thibault le Texier précise ainsi : « Plus une société devient technique, plus l’efficacité devient une valeur – là où on avait pu avoir l’honnêteté, la liberté, le courage, l’honneur… ».

En parallèle, depuis les années 50, l’entreprise ne cesse de prendre de la place dans la société comme synonyme de progrès et la culture managériale domine l’espace publique au fur et à mesure que l’Etat est désacralisé. La notion d’efficacité est même utilisée aujourd’hui pour juger de l’action politique au détriment de la justice.

Toutefois, si le management a relativement peu changé depuis sa théorisation au XIXème siècle (les théories ont seulement changé de nom ou de formes), le paradoxe du management en tant que science reste intact : il n’y a pas de formule magique pour obtenir que les hommes s’investissent au maximum dans leur travail et restent dans leurs entreprises. Parce que l’être humain est complètement irrationnel ! « Ce sont des émotions, des comportements. Le management moderne s’est construit en évacuant tout ce qui est individuel, interpersonnel… et c’est ce qui revient par la fenêtre en permanence. »

 

Maud Cornet
Comité de rédaction ELEGIA

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