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Impact des outils numériques sur les conditions de travail : éclairage d’une nouvelle étude

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Impact des outils numériques sur les conditions de travail : éclairage d’une nouvelle étude

Les représentants du personnel s’inquiètent légitimement des effets des nouvelles technologies de l’information et de la communication et des outils numériques sur la santé des salariés. En effet, ces outils sont ambivalents : d’un côté ils permettent certains bénéfices (par ex. le télétravail) ; d’un autre côté, ils sont suspectés de contribuer à intensifier le travail (par ex. la surcharge informationnelle liée aux nombreux courriels reçus au quotidien). La DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) vient de publier une analyse sur le sujet [i]. Le point sur les liens entre usages des outils numériques et les conditions de travail.

L’usage accru des outils numériques

Les outils numériques en entreprise (équipement informatique et téléphonique à usage professionnel, messagerie électronique, recours à intranet ou internet, etc.) sont utilisés de façon croissante depuis les années 90 – même si les catégories professionnelles sont diversement impactées : 90 % des cadres sont « connectés » contre 10 % des ouvriers. Au-delà du statut, ce sont la nature du travail réalisé et le secteur d’activité qui influencent l’usage plus ou moins intensif de ces outils. L’étude distingue ainsi cinq profils selon le mode d’utilisation :

  • Les utilisateurs « non connectés » (ayant peu recours aux outils numériques) ;
  • Les utilisateurs « mobiles » (les nomades, pouvant travailler à distance) ;
  • Les utilisateurs « connectés » (dont l’étude distingue le degré d’intensité de l’usage : peu intensif, modéré ou intensif)
Il est intéressant de constater que, selon le profil, les conditions de travail sont assez contrastées : les contraintes du travail y sont souvent contrebalancées par des ressources permettant de bien vivre son activité !

Quels liens entre « profils » et conditions de travail ?

6,5 % des travailleurs sont des utilisateurs dits « non connectés » car ils utilisent un ordinateur dans le cadre de leur travail mais n’ont pas de messagerie électronique ni l’utilité d’un recours à internet. Ce sont davantage des ouvriers et des jeunes (moins de 25 ans) qui sont exposés à des contraintes horaires et de rythme de travail, notamment de tâches répétitives sur lesquelles ils ont peu de marges de manœuvre – soit des contraintes assez proches des salariés dits « non connectés » (n’ayant pas du tout recours aux outils numériques).

16,9 % des travailleurs sont des utilisateurs dits « mobiles » car ils utilisent des outils numériques favorisant la mobilité (ordinateur portable, téléphone, accès à distance à l’intranet et à la messagerie professionnelle de l’entreprise). Il s’agit notamment des cadres (un cadre sur deux est dans cette situation). Ce profil se caractérise par une forte charge de travail, notamment une forte charge mentale (mobilisant la concentration et l’attention, marqué par une multi-activité avec interruptions fréquentes, etc.) avec débordements sur la vie privée mais toutefois compensable par les importantes ressources psychosociales que sont l’autonomie et la reconnaissance.

Enfin, 45,8 % des travailleurs sont dits « connectés », ayant l’usage sédentaire d’au moins un outil numérique. L’intensité de l’usage de ces outils varie selon la profession et le secteur – environ un tiers à un usage peu intensif, un tiers à un usage modéré et un tiers à un usage intensif. Pour autant, le tableau est toujours contrasté : un usage intensif (c’est-à-dire quand la quasi-intégralité des tâches, plus de 7 heurs par jour, est réalisée via des outils numériques) ne signifie pas conditions de travail dégradées : même s’ils sont dépendants du bon fonctionnement de ces outils pour réaliser leur travail (impliquant une forte charge de travail et de la multi-activité ainsi qu’un sentiment de pression), ils bénéficient d’horaires stables et reportent moins de difficultés de conciliation avec la vie privée ainsi que de davantage de soutien de leurs collègues et d’un meilleur sentiment de reconnaissance.

Quelles implications pour les élus ?

Diaboliser les outils numériques est une fausse piste : la messagerie professionnelle n’a pas en soi, dans l’absolu, une mauvaise influence sur la santé. Il faut s’intéresser davantage aux usages de ces outils et distinguer les profils pour avoir une action ciblée plus efficace : les nomades ou mobiles (commerciaux, cadres, etc.) n’ont ni les mêmes besoins, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes ressources pour bien faire leur travail que les sédentaires – sachant qu’il y a différents niveaux d’intensité d’usage parmi ces derniers.

Autre enseignement, chercher les effets négatifs de l’usage des outils numériques (surcharge de travail, déséquilibre vie professionnelle et vie privée, etc.) doit se faire en lien avec le repérage des ressources existantes susceptibles de compenser ces contraintes : autonomie pour modifier seul son organisation ou ses horaires, soutien des collègues et de la hiérarchie, reconnaissance, etc. C’est en effet dans l’équilibre dynamique de ces facteurs que se loge la construction de la santé. En résumé, il faut surtout traquer les situations de déséquilibre du fait de trop fortes contraintes (à corriger) ou de ressources défaillantes ou dégradées (à développer).

 

Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au travail
Formateur pour Elegia

Auteur du livre
« Les risques psychosociaux : 30 outils pour les détecter et les prévenir »,
Collection « Lire Agir » aux Editions Vuibert 


Amélie Mauroux, « Quels liens entre les usages professionnels
des outils numériques et les conditions de travail ? », DARES Analyses n° 029, juin 2018, 10 pages.