Pour Axon'Cable, première certifiée ISO 45001, "il était logique de basculer"

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Pour Axon'Cable, première certifiée ISO 45001, "il était logique de basculer"

Ce fabricant des composants électroniques était dans les starting-blocks : il voulait être parmi les premiers à être évalué et jugé conforme aux exigences de la nouvelle norme de management de la santé et sécurité au travail. C'est réussi. Agnès Deuwel, la responsable qualité-environnement, peut se féliciter d'avoir un "management intégré" de la santé-sécurité, qui rejoint ainsi la qualité et l'environnement. À quoi s'est attaché l'auditeur Afnor ? Surtout aux "dispositions de maîtrise", nous explique-t-il.

"L'ISO 45001 met la santé et la sécurité au travail au cœur des processus. Chez Axon' Cable, ces processus étaient déjà opérationnels et définis, notamment pour la qualité", explique Bernard Denis, auditeur de l'Afnor pour la nouvelle norme sur le management de la santé au travail, l'ISO 45001. Il y a quelques semaines, il a ainsi remis la première certification 45001 française à Axon' Cable, entreprise marnaise, implantée à Montmirail depuis 1965, qui conçoit et fabrique des conducteurs de précision, fils, et autres connecteurs pour les industries de haute technologie, telles que l'aéronautique ou la défense, pour un chiffre d'affaire de 140 millions d'euros en 2017.

"Pour nous, il était logique de basculer, et d'être dans les premiers à le faire pour montrer l'importance que nous accordons à la santé-sécurité au travail", assure Agnès Deuwel, responsable qualité environnement de cette entreprise qui compte environ 750 salariés sur le site de son siège social à Montmirail où sont à la fois rassemblés les ouvriers des ateliers de production et les ingénieurs de la R&D.

Management intégré

Axon' Cable en était déjà à son 3e cycle de certification OHSAS 18001, et était aussi certifiée ISO 9001 pour la qualité et ISO 14001 pour l'environnement. Un atout pour obtenir la 45001 rapidement : elle connaissait bien le fonctionnement d'une norme basée sur un système de management, tout en ayant de très bonnes bases par rapport à la santé-sécurité. "La 45001, par exemple pour la veille réglementaire, ne révolutionne pas tout par rapport à l'OHSAS", fait remarquer Bernard Denis, qui confie être, lors de son audit "arrivé sur un terrain où beaucoup de choses avaient été faites, historiquement démontrables et démontrées"

D'autant qu'Axon' Cable, dans les starting blocks, s'était préparée : "cela fait deux ans que l'on travaille sur notre système de management, raconte Agnès Deuwel, pour atteindre un fonctionnement en structure HLS (high level structure)". Sur cette structure commune, qui pilotait déjà la qualité et l'environnement, il ne restait alors plus qu'à ajouter la santé-sécurité. "Être en management intégré est très intéressant, cela permet d'avoir une vision globale", se félicite la responsable qualité environnement.

Bernard Denis donne l'exemple d'un process pour assurer des dépotages qui avait été défini pour éviter toute pollution afin de répondre à l'ISO 14001. "Désormais, ce mode opératoire prévoit en plus d'inclure la prévention des risques pour les acteurs qui assurent le dépotage, ce qui – sans doute – figurait auparavant uniquement dans le document unique et le plan de prévention." L'auditeur Afnor voit dans la 45001 une "approche culturelle", "avec des alertes et mises en garde de sécurité", davantage qu'une compilation d'obligations.

Vérifier la maîtrise, pas la présence de "cathédrales documentaires"

En mars, quelques jours après la publication de l'ISO 45001, l'audit a duré 4 jours, rythmés par des "contacts multiples dans les ateliers", relate Bernard Denis. "C'est un audit qui a pris le temps, qui s'est intéressé à l'opérationnel, aux travaux en cours." Préparer une certification ISO 45001 ne doit pas, insiste-il, se résumer à "faire des cathédrales documentaires, avec des processus et des schémas de grands principes dans tous les sens. C'est la mise en œuvre qui compte." L'auditeur indique qu'il ne "remonte dans la doc que lorsque l'opérationnel ne colle pas avec les attendus de la norme".

À Montmirail, Bernard Denis s'est attaché à voir si chaque processus faisait bien l'objet de "dispositions de maîtrise, avec des instructions de travail qui permettent d'aboutir au résultat escompté". Et ce dès qu'un processus est décrit dans la norme – sachant le mot revient au moins une quinzaine de fois, ce qui peut faire peur. "Il y est beaucoup plus souvent que dans la 14001, alors qu'il n'y a pas de raison d'avoir des exigences formalistes plus élevées pour le management de la santé et sécurité au travail que pour l'environnement." 

Hiérarchie des mesures de prévention

Les principaux risques évalués dans le document unique, chez Axon' Cable, sont, liste Agnès Deuwel, "les brûlures, chutes, TMS et l'exposition aux produits chimiques". Bernard Denis y ajoute le risque routier entre les sites. Pour les produits chimiques – exemple de système vertueux qui vient alimenter à la fois la 9001, la 14001 et la 45001 – des capteurs de détection des toxiques équipent les postes de travail, nécessaires tant pour la sécurité des salariés que pour la qualité des produits à fabriquer, et Agnès Deuwel précise, faisant notamment référence à Reach, que "la réglementation est suivie de façon très attentive" et qu'aucun produit ne rentre dans l'entreprise sans passer par un "circuit d'évaluation".

L'ISO 45001 a fait siennes des exigences réglementaires françaises et européennes, à commencer par "le fait de travailler sur l'élimination des dangers comme préalable à toute prévention des risques", décrit Bernard Denis. La certification serait alors l'occasion de se pencher davantage sur la hiérarchie des mesures de prévention et de s'assurer que l'on ne se rabat pas trop vite sur le port d'EPI comme solution. À Montmirail, même dans cette entreprise "exemplaire", insiste-il, il a "noté des marges de progrès sur la hiérarchisation des mesures de prévention dans certains ateliers". Le plan d'opération aux situations d'urgence devra aussi être amélioré.

Indicateurs pro-actifs

Agnès Deuwel mentionne un travail de prévention "en mode pro-actif" : "au delà des indicateurs classiques, tels que le nombre d'accidents du travail, on regarde plutôt ce qui pourrait se passer, les presqu'accidents et accidents bénins, par exemple, et on développe des plans d'action associés". Cette démarche sera néanmoins un des points à creuser dans le cadre de l'amélioration continue exigée par l'ISO 45001. L'INRS considère que les "presqu'accidents" sont déjà des indicateurs "réactifs", qui expriment une défaillance.

Il s'agit plutôt, développe Bernard Denis, de s'attacher au nombre de sauveteurs-secouristes du travail par atelier ou de visites ou réunions de sécurité. Mais attention, il ne faut pas tomber dans le travers de multiplier des réunions vides de contenu pour faire grimper l'indicateur. "Je préfère auditer la maîtrise des choses, répète Bernard Denis, plutôt que de vérifier si la lourdeur y est."

 

Élodie Touret
Journaliste, Responsable d’ActuEL-HSE

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