Les chiffres disent une pénibilité physique toujours élevée, et des violences morales en baisse

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Les chiffres disent une pénibilité physique toujours élevée, et des violences morales en baisse

Contraintes physiques, violences morales, autonomie : les résultats de l’enquête Conditions de travail 2016 de la Dares viennent de sortir. L'intensité du travail reste élevée, mais certaines pénibilités psychosociales diminuent.

Quelques semaines à peine après la réforme du compte personnel de prévention de la pénibilité qui a supprimé quatre facteurs de pénibilité physique du dispositif, l'édition 2016 de l'enquête "Conditions de travail" de la Dares, service de statistiques du ministère du travail, révèle que les contraintes physiques sont encore très fréquentes. Il s'agit d'une enquête réalisée régulièrement depuis 1984, fondée sur des entretiens en face à face (1).

Certes, "certaines tâches pénibles ont disparu" remarque Marilyne Bèque, l'une des auteures, lors d'une conférence de presse le 20 décembre 2017, mais un tiers des travailleurs déclarent toujours être soumis à au moins trois contraintes physiques (parmi cinq, comme par exemple rester longtemps debout, déplacer des charges lourdes...). Ces expositions se stabilisent pour toutes les catégories par rapport aux chiffres de la dernière enquête, menée en 2013, et les ouvriers restent les plus exposés : près des deux tiers sont soumis à au moins trois de ces contraintes. 

29 % des salariés déclarent être en contact avec des produits dangereux, soit 2 points de moins qu'en 2013. Sans surprise, peu de cadres sont concernés (13 %) mais plus de la moitié des ouvriers non qualifiés le sont, avec une hausse de trois points pour cette catégorie. 

RPS maîtrisés ? 

Les situations de violence morale, bien que demeurant encore très fréquentes, sont en recul. En 2016, 30 % des salariés disent avoir subi un comportement hostile dans leur travail au cours des douze derniers mois, contre 37 % en 2013.

La Dares émet l'hypothèse que cette forte baisse est en relation avec le ralentissement des changements organisationnels. En effet, quand ses statisticiens croisent des données, ils observent une corrélation entre intensité du travail, comportements hostiles et insécurité socio-économique, que cette insécurité résulte de la crainte de perdre son emploi ou de changements organisationnels. Avoir vécu un changement d'organisation multiplie par 1,5 la probabilité de déclarer au moins un comportement hostile.

Autre explication : "la mobilisation des partenaires sociaux autour des risques psychosociaux, les initiatives d'entreprises de mise en place d'observatoires du stress et de formation des cadres à la lutte contre les RPS, l'accord sur la qualité de vie au travail en 2014 ont sans doute permis de stopper certaines dérives", imagine Thomas Coutrot, responsable du département conditions de travail et santé à la Dares. Et pourtant, "on aurait pu se dire que la prise de conscience plus grande augmenterait les déclarations", précise Selma Mahfouz, directrice de la Dares.

Léger recul de l'autonomie 

Après une période d'augmentation, l'exposition aux contraintes de rythme sur le travail se stabilise : en 2016 comme en 2013, 35 % des salariés subissent au moins trois contraintes de rythme de travail parmi sept (comme par exemple abandonner une tâche pour une autre plus urgente). Les contraintes de vigilance et le travail en urgence continuent cependant d'augmenter. 

Ne pas pouvoir quitter son travail des yeux (en %)

Devoir fréquemment abandonner une tâche pour une autre plus urgente (en %)

L'autonomie et les marges de manœuvre des salariés poursuivent le déclin entamé depuis 1998. Les salariés sont de moins en moins nombreux à "choisir eux-mêmes la façon d'atteindre les objectifs fixés" par exemple. "À catégorie socioprofessionnelle identique, les femmes continuent à avoir moins de latitude pour organiser leur travail que les hommes", observent les auteures. Par ailleurs, le travail tend à devenir plus répétitif : 43 % des salariés déclarent "répéter continuellement une même série de gestes ou d'opérations" contre 41 % en 2013 et 27 % en 2005. 

Les contraintes horaires sont stables. Une légère amélioration est même observée : les salariés sont un peu moins nombreux en 2016 qu'en 2013 à ne pas disposer de 48 heures de repos par semaine, à ne pas connaître leurs horaires à l'avance ou encore à ne pas pouvoir s'arranger avec leurs collègues sur la question. L'enquête enregistre peu de changements également pour le travail de nuit, le samedi et même le dimanche, malgré la loi dite Macron de 2015 qui a élargi les possibilités d'ouverture des commerces le dimanche dans les zones touristiques. 

► Lire aussi : Horaires atypiques : quels effets et quelle prévention ?

 

 

Il s'agit des premiers résultats de l'enquête, et ils ne concernent que le ressenti des salariés. D'autres sortiront ensuite sur l'exposition aux RPS, l'état de santé et le recours au soin, le maintien en emploi des personnes en mauvaise santé... Le volet employeur viendra ensuite. 

(1) Un échantillon de près de 21 000 salariés représentatifs de l'ensemble des salariés du privé et du public, de tous secteurs, a été sollicité en 2016.  L'enquête est menée en collaboration avec la DGAP, la Drees et l'Insee. L'édition 2016 a intégré un volet RPS. Désormais, tous les trois ans, en alternance, auront lieu l'une (enquête CT, conditions de travail) ou l'autre (enquête CT-RPS) de ces enquêtes. L'interrogation se fait en panel, chaque individu de l'échantillon étant interrogé 3 fois de suite, soit une durée de 9 ans minimum. 
 

Pauline Chambost
Rédactrice pour actuEL HSE

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