Impact des changements sur la santé l’équation « informer + consulter + écouter = protéger »

BLOG / Santé-Sécurité

Impact des changements sur la santé : l’équation « informer + consulter + écouter = protéger »

A l’heure ou l’avenir du CHSCT se brouille et où se dessinent les contours du Comité Social et Economique et de sa CSSCT (Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail), il est légitime de s’interroger sur le devenir du dialogue social lors de changements organisationnels et en particulier de la prise en compte des effets sur la santé de ces changements. Justement, la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) vient de publier une analyse sur le sujet [i]. Le point sur les troubles induits par ces changements et les moyens de s’en protéger.

Les changements et leurs effets sur la santé : état des lieux

En 2013, ce sont 39 % des salariés qui ont déclaré avoir vécu un changement important qui a modifié leur environnement de travail au cours des 12 derniers mois. Ces changements sont de diverses natures mais les plus fréquents sont : un déménagement ou une restructuration, un plan de licenciement, un changement d’organisation du travail ou de technique, le rachat de l’entreprise et un changement d’équipe de direction.

Ces changements suscitent naturellement des craintes diverses : peur de perdre son emploi, de voir se dégrader ses conditions de travail ou d’avoir un avenir professionnel compromis. Il est désormais clairement établit que l’insécurité de l’emploi est l’un des facteurs entrant dans les situations dites à risque psychosocial (RPS) et qu’il est associé au risque de dépression.

Ainsi, il a été mis en évidence que le syndrome dépressif est associé à la crainte de perdre son emploi. En moyenne, ce syndrome touche 9 % des salariés et monte à 14 % pour celles et ceux qui ont connus un changement important (ce syndrome touche plus fortement les CDI que les CDD ainsi que celles et ceux qui ont vécus plusieurs changements récents). Les études plus précises entreprises par la DARES semblent montrer qu’il y a bien un lien de causalité entre changements majeurs et syndrome dépressif du fait de la crainte de perdre son emploi ou de voir se dégrader ses conditions de travail. Toutefois, un changement ne veut pas forcément dire dépression : d’une part, tous les salariés ne sont pas nécessairement touchés, d’autre part, tous les changements ne sont pas générateurs d’effets négatifs : certains améliorent les conditions de travail et d’emploi ; d’autres sont gérés avec tact auprès des salariés concernés, ce qui justement permet de les protéger davantage.

Etre informé et avoir de l’influence sur les changements : une clé de la préservation de la santé ?

Les entreprises ont des pratiques différentes en matière de gestion de ces changements :

  • 56 % des salariés estiment avoir été suffisamment informés (soit tout de même 44 % des salariés insuffisamment ou pas du tout informés ) ;
  • 35 % déclarent avoir été consultés (soit seulement un peu plus du tiers des salariés) ;
  • 17 % ont eu l’impression d’avoir exercé une influence relativement à ces changements.

Ces pourcentages varient un peu selon la nature des changements : les résultats sont meilleurs quand il s’agit de changement de technique, de déménagement ou de restructuration et (logiquement) moins bon en cas de rachat de l’entreprise ou de changement d’équipe de direction. De plus, les cadres et employés de TPE (effectif de 19 salariés max.) semblent légèrement mieux lotis.

Ces chiffres révèlent que les entreprises peuvent encore faire mieux en matière d’information et surtout d’association (consultation directe des salariés et organisation de leur capacité à participer aux décisions qui les concernent). Le bénéfice de tels pratiques est en effet révélé par l’étude de la DARES : les salariés ayant déclaré un syndrome dépressif est moindre chez celles et ceux qui ont été « vraiment » écoutés, c’est-à-dire qui ont pu exercer une influence sur le processus de changement et/ou ses résultats.

Pour protéger la santé (et in fine la performance !), mieux vaut impliquer les salariés et leurs représentants et leur donner une capacité d’expression et d’action sur les décisions qui les concernent. Après tout, n’est-ce pas le respect minimum de leur dignité ?

Une note particulière pour les acteurs membres du CHSCT (valable aussi pour les futurs membres du Comité Social et Economique) : les salariés ayant un CHSCT se disent mieux informés mais… pas assez écoutés. Attention donc à bien prendre en compte les attentes individuelles lors de l’avis qui sera rendu à l’employeur, ce qui suppose une étude rigoureuse du projet de changement sur lequel vous êtes consultés (et peut-être le soutien d’un expert !).


Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au travail
Formateur pour Elegia

Auteur du livre
« Les risques psychosociaux : 30 outils pour les détecter et les prévenir »,
Collection « Lire Agir » aux Editions Vuibert

Thomas Coutrot, « Changements organisationnels : la participation des salariés protège-t-elle du risque dépressif ? », DARES Analyses n° 061, septembre 2017, 7 pages.
Réforme de la formation 2018

Agréé auprès du ministère du Travail
pour les informations CE (arrêté n°99-469 du 29/03/99)

Agréé auprès du Préfet de Région pour
les formations CHSCT (arrêté n°2003-2254 du 28/10/03)

Consultants en formations certifiés
Kirkpatrick four levels°niveau bronze