Reconnaissance en ATMP des risques Psychosociaux

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La part des affections psychiques (majoritairement troubles anxieux ou dépression) dans les accidents du travail et maladies à caractère professionnel est en progression, atteignant aujourd’hui 1,6 % des accidents et troubles reconnus (contre 1 % en 2011). Ce chiffre peut sembler bien bas au vu de l’ampleur des problèmes de stress, de violence au travail ou encore de burnout qui touche les salariés et agents français. C’est sans doute l’effet de nombreux facteurs, dont, entre autres, les difficultés à parler de ces pathologies (par peur notamment de répercussion sur la carrière ou l’emploi), de prouver les liens avec le travail, de trouver l’énergie d’entreprendre une action vis-à-vis de la sécurité sociale et de son employeur ou tout simplement par ignorance de la possibilité de le faire.

Le bilan 2016 de la branche « risques professionnels » de la sécurité sociale, tout juste publié en janvier 2018 et intitulé Santé travail : enjeux & actions (Les affections psychiques liées au travail) est l’occasion de faire le point sur la situation actuelle – et de mesurer l’ampleur des dégâts.

Les affections psychiques en chiffres

Selon la sécurité sociale, les salariés français sont de plus en plus nombreux à demander une reconnaissance de leurs affections et troubles psychiques en accident du travail ou maladie professionnelle. Pour 2016, ce sont plus de 10 000 de ces affections qui ont été reconnues (dont 596 en maladie pro.). Un chiffre en constante augmentation ces dernières années. A titre d’exemple, les demandes de reconnaissance de ces troubles en maladie à caractère professionnel sont passés de 200 en 2012 à plus de 1 000 aujourd’hui (on estime à 1 500 les demandes pour 2017). Ces demandes sont acceptées dans 50 % des cas – c’est-à-dire qu’il y a eu une en reconnaissance de leur caractère professionnel – un chiffre qui avoisine les 70 % pour la reconnaissance en accident du travail. Pour la sécurité sociale, la prise en charge de ces pathologies a représenté 230 millions d’euros en 2016 (soit 2,8 % du total des 2,8 milliards de la branche consacrée aux risques professionnels).

Causes et conséquences : quelques précisions utiles

Toujours selon la sécurité sociale, les affections reconnues ont deux grandes causes : (1) des chocs ou stress liés à un événement violent souvent externe à l’entreprise (victimes ou témoins d’agression, de braquage ou autres événements violents) et (2) des conditions de travail dégradées. Ce sont les secteurs d’activité ayant en commun le contact avec le public qui sont les plus touchés (médico-social, transport ou encore commerce de détail concentrent à eux 3 près de la moitié des troubles reconnus).

Les conséquences de ces troubles sont les manifestations bien connues des risques psychosociaux : troubles anxio-dépressifs, cardio-vasculaires, musculo-squelettiques, auxquels s’ajoutent des épuisements (burnout) voire des suicides liés au travail (il en est reconnu entre 10 et 30 chaque année). Les maladies à caractère professionnel sont majoritairement des dépressions (77 %) et plus marginalement des troubles anxieux (11 %) ou des états de stress post-traumatiques (10 %).

Il n’y a pas de portrait robot des victimes mais le fait d’être une femme, de statut employé et d’avoir 40-41 ans augmente la probabilité d’être touché. Pour les victimes de ces affections reconnues en accident du travail, au-delà de la prise en charge des soins, les arrêts de travail sont en moyenne de 112 jours, soit presque 4 mois (contre 65 jours pour la moyenne des accidents du travail, toutes causes confondues). Concernant les victimes reconnues en maladie à caractère professionnel, la durée moyenne est plus longue, d’environ 400 jours (soit plus d’un an), signe de pathologies plus lourdes, comme des épuisements professionnels (communément appelés burnout), qui nécessitent un temps de récupération et de soins beaucoup plus long pour retrouver la santé.

La reconnaissance des ces affections en accident du travail ou en maladie à caractère professionnel ne constitue sans doute que la partie émergée de la souffrance au travail. Pour enrailler l’augmentation constante de ces pathologies et éviter ce gâchis humain et financier, plus que jamais, l’évaluation des risques psychosociaux et les actions en faveur de l’amélioration de la qualité de vie au travail sont nécessaires.
 

Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au travail
Formateur pour Elegia

Auteur du livre
« Les risques psychosociaux : 30 outils pour les détecter et les prévenir »,
Collection « Lire Agir » aux Editions Vuibert

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