1. Accueil
  2. /
  3. Actualites
  4. /
  5. Sante securite
  6. /
  7. Les salariés utilisent-ils les outils de prévention mis à leur disposition ?
Les salariés utilisent-ils les outils de prévention mis à leur disposition

BLOG / Santé-Sécurité

Les salariés utilisent-ils les outils de prévention mis à leur disposition ?

Les salariés bénéficient d’informations et de formations pour prévenir et gérer les risques professionnels auxquels ils sont exposés. Mais quels sont exactement les outils de transmission de ces connaissances essentielles ? Sont-ils adaptés ? Utilisés ? Qui en bénéficie ? Et comment les améliorer ? Une étude [i] récente de la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) se penche sur ce sujet central et livre de précieux enseignements pour améliorer les dispositifs existants.

L’information, c’est important… mais encore faut-il y avoir accès

Il s’agit certes d’une obligation règlementaire (information et formation des travailleurs, Art. L 4141-1 et suivants). Mais aussi de bon sens : comment se protéger d’un risque qu’on appréhende mal et face auquel on ne sait pas quoi faire exactement ? Comment éviter d’être exposé « sans s’en apercevoir » ou d’avoir l’impression d’être en sécurité, parce qu’après tout « ce n’est pas si grave » ?

Les salariés reçoivent ainsi des informations via les consignes de sécurité, l’information diffusée par l’employeur, les formations spécifiques à la santé-sécurité au travail ou encore grâce à la visite avec le médecin du travail. Il ressort de l’étude de la DARES que 14 % des salariés signalent une absence d’action récente de sensibilisation, d’information ou de formation. C’est donc 86 % des salariés (nombre élevé mais pas encore suffisant) qui déclarent en avoir bénéficié. Parmi les dispositifs les plus cités, l’on retrouve la visite avec le médecin du travail (76 %), l’existence de consignes de sécurité écrites (45 %), mais ils sont seulement 35 % à déclarer avoir reçu une information sur les risques de leur travail au cours des 12 derniers mois, ou encore seulement 29 % à avoir reçu une formation à la sécurité.

Formez-vous dès maintenant en santé-sécurité ! Découvrez toutes nos formations.

On note de plus une disparité dans les publics bénéficiant de ces informations. Ainsi, les salariés en CDI ou en intérim dans de grands établissements et exposés à des risques professionnels reçoivent davantage d’informations que les salariés en CDD. Autre constat parmi les salariés les plus exposés (c’est-à-dire exposés à 4 risques professionnels et plus), les femmes bénéficient moins que les hommes d’informations sur les risques encourus ou encore de visite avec le médecin du travail (l’écart est d’environ 10 à 12 %). Comme le dit l’auteur de l’étude, reprenant un constat du CESE : Tout se passe comme si les risques professionnels encourus par les femmes étaient moins visibles, à leurs yeux comme à ceux des préventeurs : « l’impact des facteurs de risques au travail sur la santé des femmes conserve ainsi, à bien des égards, un caractère d’invisibilité entraînant méconnaissance ou sous-estimation et donc faible prise en compte ».

Il y a donc déjà matière à réflexion pour améliorer l’information de tous et rendre les travailleurs égaux devant l’information, en particulier les femmes, les salariés en CDD et celles et ceux des établissements de taille plus modeste. Pour les entreprises ou organismes publics, il faut noter que les fonctionnaires sont dans l’ensemble moins informés que les autres travailleurs.

L’information, c’est important… mais pas suffisant

Au-delà de l’information sur les risques professionnels, l’étude fait le point sur les EPI – équipements de protection individuelle – particulièrement ceux utilisés par 29 % des salariés, exposés au bruit ou à des risques chimiques. Le constat est le suivant : si 58 % déclarent avoir des EPI adaptés et portés, ils sont tout de même 29 % à juger d’une protection défaillante (soit qu’ils aient des EPI qu’ils estiment insuffisants, soit qu’ils ne les utilisent pas tous et pas toujours). Là encore, à exposition équivalente, les femmes déclarent davantage que les hommes que les EPI ne sont pas nécessaires dans leur situation – peut-être la conséquence d’une moins bonne information sur les risques et donc d’une mauvaise perception de leur exposition ainsi que de la nécessité de porter des EPI.

Plus préoccupant encore, un tiers des salariés les plus exposés estiment faire l’objet d’une « prévention défaillante », c’est-à-dire d’une absence d’information ou de l’impossibilité d’utiliser en pratique les EPI ou consignes de sécurité donnés. Ainsi, 38 % des salariés les plus exposés disent n’avoir ni information ni consignes ; et quand ils ont des consignes, ils estiment ne pas pouvoir toujours les respecter (idem pour les EPI, ne pas toujours les utiliser).

Pour expliquer ces résultats, l’auteur de l’étude trouve un lien avec les contraintes provenant de l’organisation du travail : l’utilisation adéquate des équipements ou le respect des consignes de sécurité sont rendus plus difficiles quand l’activité de travail est soumise à des rythmes très intenses et à des changements trop rapides. Le mode d’organisation du travail est donc un des éléments importants à prendre en compte pour que les prescriptions de sécurité soient connues et adaptées au travail réel.

Au-delà de l’information : le management de la prévention en question

Enfin, l’étude aborde les facteurs organisationnels permettant une meilleure prévention des risques professionnels. Sont cités :

  • La présence d’un CHSCT (ce qui fera plaisir aux représentants du personnel qui doutent parfois de leur utilité) ;
  • L’existence de « normes de qualité précises » (qui doivent aborder les aspects relatifs à la santé et la sécurité dans les processus de travail) ;
  • La tenue régulière de réunions de service (réunions où l’on discute du travail et de ses difficultés) ;
  • Le soutien du supérieur hiérarchique en cas de difficulté et la fierté du travail bien fait ressentie (qui sont deux ressources bien connues pour la construction de la santé au travail).

L’auteur de l’étude propose la conclusion suivante : L’efficacité des mesures de prévention envers les risques physiques ou chimiques dépend donc de facteurs organisationnels et psychosociaux, ce qui souligne la nécessité de concevoir de façon intégrée la prévention dans ces différents domaines. Il n’y a donc pas de fatalité mais beaucoup de travail pour mieux informer et protéger de façon adaptée les femmes et les hommes occupant les postes de travail les plus exposés.

 

Stéphan Pezé
Consultant-formateur Santé et Sécurité au travail
Formateur pour Elegia

Auteur du livre
« Les risques psychosociaux : 30 outils pour les détecter et les prévenir »,
Collection « Lire Agir » aux Editions Vuibert


[i] Thomas Coutrot, « Les salariés utilisent-ils les outils de prévention des risques professionnels ? », DARES Analyses n° 028, juin 2019, 6 pages.