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La substitution des substances dangereuses est un vrai défi

BLOG / Santé-Sécurité

La substitution des substances dangereuses est un vrai défi

Travailleurs vulnérables, substitution des produits, freins culturels... retour sur l'exposition professionnelle aux substances dangereuses avec Elke Schneider, experte de l'EU-Osha, à l'occasion de la clôture de la campagne 2018-2019 consacrée au sujet.

Pourquoi avoir choisi les substances dangereuses comme thème de campagne ?

Elke Schneider : Premièrement parce que beaucoup de travailleurs sont exposés et beaucoup d'entreprises sont concernées. Il ne s'agit pas seulement de l'industrie, mais aussi des services, avec les secteurs du nettoyage et de la santé par exemple. Ensuite, parce que la prise de conscience du risque n'est pas encore très importante, surtout dans le secteur des services.

La campagne s'est intéressée à des groupes de travailleurs en particulier, comme les travailleurs migrants par exemple. Quelles sont leurs spécificités ?

Elke Schneider : Ne pas rester au niveau général et s'intéresser aux travailleurs vulnérables était une demande de notre conseil d'administration. Les migrants, de par les professions qu'ils occupent, sont surreprésentés dans les travaux manuels, où il est plus probable d'être exposé. Ensuite, avec la barrière linguistique, ils peuvent avoir des difficultés pour comprendre les mesures de prévention. C'est pour cette raison que certains pays ont élaboré des instructions très simples dans toutes les langues des principaux pays d'origine. Cela peut être une partie de la solution.

Que savons-nous de l'exposition des travailleuses enceintes ou allaitantes aux substances dangereuses ?

Elke Schneider : La législation européenne protège les femmes enceintes et qui allaitent et le risque chimique est justement cité dans ce cadre législatif. Donc idéalement, l'évaluation des risques doit comporter un volet spécifique à ces travailleuses. Des mesures doivent être prévues avant même la première grossesse dans l'entreprise. Certains pays sont plus avancés sur l'évaluation des risques des substances reprotoxiques. La Finlande, par exemple, a depuis longtemps élaboré une liste de substances reprotoxiques pour aider les employeurs dans leur politique de prévention.

La priorité est de substituer la substance dangereuse par autre chose. Comment s'y prendre ?

Elke Schneider : L'entreprise doit d'abord faire un inventaire de tous les produits (pas seulement des substances chimiques) qu'elle utilise. C'est souvent une surprise : elle se rend compte que beaucoup de choses dont elle n'a pas besoin peuvent être supprimées. Ensuite il faut prioriser, c'est-à-dire éliminer les produits les plus dangereux. Il faut après relever le vrai défi : identifier un autre produit, aussi efficace, qui n'est pas tout aussi dangereux finalement. Mais le plus important est d'avoir une approche systématique.

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Cela demande-t-il un investissement important ?

Elke Schneider : C'est clair que c'est un vrai défi, mais nous sommes souvent confrontés à des perceptions erronées : à l'idée que le problème serait technique, compliqué et coûteux. Ce n'est pas toujours le cas ! Parfois, des mesures simples peuvent suffire. L'entreprise Eiffage Construction, qui reçoit un prix de bonnes pratiques, a développé une procédure qui permet de réutiliser les matériaux d'enrobé bitumineux des routes sans utiliser le perchloréthylène pour les analyser. La solution, simple, lui revient finalement moins cher. S'adresser aux producteurs des produits pour leur demander de trouver une alternative, leur mettre un peu la pression, peut aussi parfois être efficace.

Existe-t-il des freins culturels ? On pense par exemple aux clients qui veulent absolument un ménage réalisé avec des produits qui sentent bon…

Elke Schneider : Cela peut arriver. Le parfum est pourtant inutile et n'a rien à voir avec l'efficacité. Certains pays se sont d'ailleurs dotés de politique contre les produits parfumés, qui peuvent provoquer de l'asthme et des allergies. Mais je ne pense pas que ce soit le principal problème. Si on parle de culture, je pense surtout à des domaines d'activité, comme le nettoyage en effet, où on pense que le risque chimique est inhérent au travail. On entend encore beaucoup "il faut faire avec".

Votre campagne prend fin. Comment l'EU-Osha peut-elle évaluer son impact ?

Elke Schneider : Nous avons une obligation d'évaluation, comme toutes les agences européennes. Nous nous basons sur des critères quantitatifs comme le nombre de visites sur notre site, le nombre de téléchargement de nos publications… Des questionnaires de satisfaction sont aussi pris en compte. Je peux déjà vous dire que la campagne qui s'achève a été très efficace, plus d'entreprises que d'habitude ont été touchées notamment.

La prochaine porte sur les troubles musculo-squelettiques. Sur quoi insistera-t-elle ?

Elke Schneider : On parlera du maintien en emploi des personnes souffrant de TMS, et du problème des maladies chroniques, donc. Le lien avec les risques psychosociaux sera aussi abordé. Ce sera principalement une campagne avec des messages de prévention et de bonnes pratiques.

 

Pauline Chambost
Journaliste chez ActuEL HSE (Editions législatives)